Les Hauts-de-Seine, la vallée de la Culture

Site Internet du Département des Hauts-de-Seine.

Mémoire du concours

 

  • 40 ans de Concours national de Jazz

Flash-back. 1977. Yves Pépin et Thierry Arnaud, deux équipiers d’ECA 2, société d’animation et d’ingénierie culturelle qui travaillent à l’époque pour l’Epad (Etablissement public d’aménagement de la région de la Défense) souhaitent qu’une manifestation musicale vraiment importante, étalée sur deux jours du week-end de juin, puisse voir le jour et s’épanouir en plein air sur le parvis de la Défense. Pour prouver que ce quartier encore virtuel et chaotique pouvait être autre chose qu’un immense chantier. Pour égayer la Défense naissante, deux mots surgirent spontanément : « jazz » et « concours ». Et avec eux deux l’idée de programmer de jeunes musiciens encore inconnus tout au long d’un week-end pour les faire (re)connaître du plus grand nombre, du public comme des professionnels.
ECA 2 téléphone dans la foulée à André Francis, alors responsable du Bureau du jazz de Radio France, qui saute avec un bel enthousiasme sur l’occasion et assure tout de suite les partenaires de l’Epad de la bénédiction de France Inter pour couvrir et médiatiser la manifestation.
Le « Concours national de jazz de la Défense » était né. Quarante ans plus tard, grâce au conseil départemental des Hauts-de-Seine, l’aventure continue de plus belle. « La Défense », comme disent tous les musiciens, s’est imposé comme le seul tournoi de la renommée qui compte pour un jeune jazzman. Un rendez-vous incontournable qui intronise les jeunes pousses de l’improvisation. On le vérifie à chaque nouvelle édition, le niveau ne cesse de croître au fil des décennies, permettant ainsi à tous ces groupes débutants de s’étalonner les uns par rapport aux autres.

Pépinière de surprises et de révélations, ce formidable festival de la découverte offre chaque année la possibilité de humer l’air du temps, d’anticiper l’avenir, de repérer les noms et les visages de tous ceux qui font le jazz français d’aujourd’hui et de demain. « On ne décourage jamais assez les jeunes talents » disait avec raison Claude Debussy. Les « vrais » talents sont à vrai dire « indécourageables ». C’est à cela même qu’on les reconnaît. Le palmarès de la Défense en témoigne avec éclat depuis quarante ans.
Ces « indécourageables » ont pour nom : Jean-Loup Longnon, Boulou Ferré, Michel Edelin, Zool Fleischer (77), Antoine Hervé (78), Eric Le Lann, Laurent Cugny, Denis Badault (79), Andy Emler (80), Nguyên Lê, Louis Winsberg (83), Claude Tissendier, Manuel Rocheman (84) en passant par Marc Ducret (86), Philippe Sellam, Jean-Marie Machado (87), Bertrand Renaudin, Sylvain Beuf, Stéphane et Lionel Belmondo (88)… Pour ne parler que de la première décennie.
Viennent ensuite : Franck Tortiller, Yves Rousseau, Ivan Paduart (89), Eric Lohrer (90), Bojan Z, Julien Lourau, Jean-Christophe Cholet, Noël Akchoté (92), Erik Truffaz, Olivier Ker Ourio (93), Pierre de Bethmann avec Prysm (1994), Christophe Marguet, Sébastien Texier, David El Malek (95), Collectif MU, Baptiste Trotignon, Edouard Ferlet, Pierrick Pedron, Vincent Artaud (96), Olivier Temime, Kassalit (97), Les Grandes Gueules, Nicolas Folmer, Christophe Monniot (98), Matthieu Donarier, Manu Codjia, Benjamin Moussay, Youn Sun Nah (99)

A partir de l’an 2000, on retiendra principalement : le Sacre du Tympan de Fred Pallem, Rémi Sciuto (2000), Médéric Collignon, Philippe Gleizes, Jean-Philippe Morel, Sébastien Boisseau, Dr Knock (2001), Daniel Zimmermann, Thomas de Pourquery, Airelle Besson, Sébastien Llado (2002), Vincent Peirani, Vincent Lê Quang, Sylvain Rifflet, Carine Bonefoy (2003), Paragdim, Sébastien Jarrousse, Samy Thiebault (2004) Yaron Herman, Pierre Durand, Yvan Robilliard, Raphaël Imbert (2005), Ozma (2006), Radiation 10, Céline Bonacina, Alexandra Grimal (2007), Paul Lay, Eve Risser (2008), Leila Martial (2009), Papanosh, Lunatic Boys, Yoann Durant (2010), Paul Jarret, Ariel Tessier (2012), Anne Quillier, Laura Perrudin (2013), Laurent Coulondre, Robinson Khoury (2014), EYM Trio (2015) et enfin Gauthier Toux (2016)

A lire ce « best of » du palmarès du concours national, on remarque d’emblée que très peu d’artistes majeurs sont passés à travers les mailles du filet des différents jurys successifs du tremplin. C’est bien pour cela que ”La Défense” s’est imposé au fil des ans comme un “label” prestigieux que tous les lauréats, pour la plupart devenus aujourd’hui des têtes d’affiche du jazz français, sont fiers aujourd’hui d’inscrire dans leur curriculum vitae.

Pascal Anquetil
 © Jean-Baptiste Millot

Pascal Anquetil est journaliste à Jazz Magazine, ancien responsable du Centre d'Information du jazz à l'Irma, membre du jury du concours de jazz de la Défense depuis 1989.

 

 

  • Concours de jazz de La défense : souvenir de lauréats aujourd’hui célèbres

 

1978 et 1980 : Antoine Hervé, pianiste, ancien directeur musical de l'ONJ

J’en garde un souvenir marrant. Avec Andy Emler, on était au Conservatoire et l’ont passé nos nuits à faire le bœuf au piano et au vibraphone. Un jour, Andy a repéré le concours. On s’y est inscrit. En tant qu’élèves du CNSM de Paris, on n’était pas  très bien accueillis (déjà !), mais on a quand même gagné la … neuvième place. Un membre du jury se propose alors de nous offrir l’enregistrement d’un disque pour RCA-Victor. Du coup, le jury, face à une telle récompense, change son vote et décide de nous donner le deuxième prix. En fait, la proposition de disque s’avéra bidon. Cela nous a néanmoins motivés, Andy et moi, pour monter notre propre label (Philoé Music) et enregistrer notre premier album « Horizons » que nous avons finalement financés nous-mêmes.

1979 : Denis Badault, pianiste, ancien directeur musical de l'ONJ

Sans le concours de La Défense, j’aurais mis sans aucun doute beaucoup plus de temps pour me faire repérer. J’y ai, cette année-là, rencontré Alain Guerrini qui m’a immédiatement engagé au CIM, et André Francis qui m’a accordé sa confiance et soutenu régulièrement par la suite jusqu’à ma nomination à la direction de l’ONJ

1989 : Franck Tortillier, vibraphoniste, ancien directeur musical de l'ONJ

En juin sous le nom de « Trio à boum », Yves Rousseau Ti Boum et moi gagnions le concours à notre plus grande joie. Dans la foulée, je remporte le premier prix de soliste. C’est à ce jour ma seule récompense dans le milieu du jazz, hormis le Django d’Or 2007 pour l’ONJ. Nous avions gagné grâce à Jean-François Foucault, membre du jury, une tournée de 70 dates dans l’année. U record ! Avec, en prime, une reconnaissance immédiate des professionnels. L’année suivante, je partais en tournée avec le Vienna Art Orchestra pour la première fois.

1991 : Erik Truffaz, trompettiste

Je me suis présenté à la Défense suite à un coup de téléphone d’André Francis. Ce tremplin  a été pour moi un trampoline qui m’a permis de jouer au festival de Radio France à Montpellier, puis en club pour finalement signer très vite sur le prestigieux label Blue Note. Donc que du bonheur ! Je dis aujourd’hui  bravo, merci et continuez.

1990 et 1992 : Bojan Zulfikarpasic, pianiste

Coup de pouce du destin ! Par  un drôle de hasard, en juin 90, je me suis retrouvé à participer au Concours de jazz de La Défense pour remplacer au pied levé Pierre Christophe, indisponible, au sein du quartet du contrebassiste Marc Buronfosse dans lequel jouait mon ami Julien Lourau. Coup de chance, je gagne le premier prix de soliste et, en prime, un concert offert par André Francis à Radio France. Cela nous a encouragés, Julien et moi, à travailler un nouveau répertoire. C’est ainsi que, tout naturellement, le quartet de Marc Buronfosse est devenu à l’occasion de ce concert de la Maison de la Radio, le Bojan Z Quartet, formation  qui remportera sous ce nom deux ans plus tard à La Défense un premier prix de groupe. Le concours de La Défense a été pour moi ma première grande reconnaissance comme musicien de jazz. Cela ne s’oublie pas et marque à jamais ! La seule prononciation de mon nom par André Francis lors de la proclamation des résultats me décida à simplifier mon paronyme et le raccourcir en “Bojan Z”. Cette double  distinction fut pour moi grand encouragement en tant pianiste, compositeur et chef d’orchestre. Le gain du premier prix a été utilisé pour financer une partie des frais de l’enregistrement du premier CD du quartet à New York pour Label Bleu. Que de bons souvenirs !


1994 : Christophe Wallemme, contrebassiste de Prysm

C’est notre succès au concours de La Défense qui nous a véritablement encouragés à continuer. Benjamin Henocq et moi avions déjà participé à la compétition dans divers groupes. Avec Pierre de Bethmann, d’un commun accord nous avons décidé de nous présenter à la seule condition de ne jouer,  pour la première fois sous le nom de « Prysm », que nos propres compositions. Une semaine avant le concours, on s’est vraiment pris la tête pour répéter un répertoire original. C’est ensuite la musique qui a parlé d’elle-même. L’énergie, l’envie de vivre ensemble l’aventure du trio, tout était déjà là. Cela a été pour nous l’occasion rêvée de développer nos idées. Avec Prysm, j’ai tout de suite pensé groupe, avec le son du trio dans la tête. Six albums  dont trois sur le label Blue Note en portent aujourd’hui témoignage.

1996 : Baptiste Trotignon, pianiste 


Être lauréat à La Défense, c’est une façon de sortir de l’anonymat : une première occasion avant de sortir un premier disque, de faire entendre qui on est à ceux qui ne nous connaissent pas encore et qui sont souvent ceux qui sont en mesure de l’information en premier. Grâce à La Défense, dans l’année qui a suivi, j’ai pu mettre en place le triangle magique artiste/label/agent.

2008 : Paul Lay, pianiste

Ce premier prix de soliste a été très important pour ma reconnaissance médiatique et a boosté indéniablement mon développement de carrière. L’avantage d’un tel concours  fut pour assez surprenant :  j’eus en effet surtout en récompense la chance de bénéficier de nombreuses tournées à l’étranger (Russie, Amérique latine et centrale, etc.). Conséquence : j’ai  beaucoup plus joué à l’époque dans le monde que dans mon propre pays. Je me suis rattrapé depuis !